La vie défile à toute vitesse et les gens se dépêchent de vivre. Ils n'ont pas le temps. Ils doivent sans cesse faire plein de choses. Aller travailler, faire les courses, aller en cours, prendre leur bus, prendre leur train, rentrer chez eux. Faire à manger, prendre leur douche, terminer un dossier, s'occuper de leurs enfants. Donner à manger aux animaux, aller chez le médecin, préparer le week-end, gérer leurs problèmes, gérer les soucis de santé. Faire leur sac, ou leur valise, lire un livre, aller voir un film, passer des coups de téléphone. Regarder les informations, écouter la radio. Aller voir un ami, aller voir les parents, etc., etc., etc.... Et lorsqu'enfin ils prennent le temps de s'arrêter et de regarder, contempler la course de ce temps qui passe sans cesser de cavaler les effraie. Ils se demandent comment les journées ont pu passer si vite, se transformant en mois puis en années. Tout est passé si vite...
Je les observe, ces gens. Dans le bus, au centre commercial, à la fac, dans la rue, à la gare, au cinéma, partout. Certains ont des cernes jusqu'au menton, semblent épuisés et ne tenir debout que par leur volonté de rentrer au plus vite chez eux pour se faire couler un bain chaud. On peut lire leur vie, leurs soucis sur chacune des rides qui sillonnent impitoyablement leur visage. D'autres ont un air féroce et une démarche déterminée qui laisse voir leur ambition, leur volonté de réussir, ou tout simplement leur tentative de cacher une souffrance qu'ils ne veulent surtout pas montrer aux autres. D'autres encore ont leurs écouteurs à fond dans les oreilles, musique à fond et regard perdu au loin, tentant en vain de rêver à une autre existence, un autre monde. D'autres ont un air si mélancolique sur le visage que l'on dirait qu'ils vont s'effondrer à tout instant sur le sol pour hurler et sangloter, et tout ce que l'on peut faire, c'est détourner les yeux par pudeur et impuissance à les aider. Certains ont un regard si hautain, si méprisant, qu'on peut avoir sur le coup envie de répliquer à ce regard ou même d'être agressif, mais ces envies primitives disparaissent dès lors qu'on se rend compte que finalement, ces gens ne doivent pas avoir grand-chose d'autre que leur regard dans leur existence pour en faire ainsi l'usage. D'autres ont des rêves plein la tête, que l'on peut voir briller dans les petites étoiles parsemant leurs iris.
Tant de gens qui courent, qui se dépêchent de vivre, tous si différents, avec des vies différentes mais qui se ressemblent finalement tous lorsqu'ils déplorent la fuite, leur perte du temps. On croit toujours avoir assez de temps pour vivre, mais on gaspille nos secondes à s'occuper de choses parfois tellement inutiles ! Et après on ne sait que pleurer, se plaindre de ce temps qu'on a perdu à rien faire !
"Elle lui demanda d'imaginer qu'il avait gagné un concours dont le prix serait le suivant. Chaque matin une banque lui ouvrirait un compte créditeur de 86400 dollars [...] tout ce que tu n'as pas dépensé dans la journée t'est enlevé le soir, tu ne peux pas tricher, tu ne peux pas virer l'argent sur un autre compte, tu ne peux que le dépenser, mais chaque matin au réveil, la banque te rouvre un nouveau compte avec de nouveau 86400 dollars, pour la journée.[...]la banque peut interrompre ce petit jeu sans préavis; à n'importe quel moment elle peut te dire que c'est fini, qu'elle ferme le compte et qu'il n'y en aura pas d'autre. [...]Cette banque magique, nous l'avons tous, c'est le temps ! [...]Chaque matin, au réveil, nous sommes crédités de 86400 secondes de vie pour la journée, et lorsque nous nous endormons le soir il n'y a pas de report à nouveau, ce qui n'a pas été vécu dans la journée est perdu, hier vient de passer [...] et nous jouons avec une règle incontournable: la banque peut fermer notre compte à n'importe quel moment, sans aucun préavis."
p 228.
"Tu veux comprendre ce qu'est une année de vie : pose la question à un étudiant qui vient de rater son examen de fin d'année. Un mois de vie : parles-en à une mère qui vient de mettre au monde un enfant prématuré et qui attend qu'il sorte de sa couveuse pour serrer son bébé dans ses bras, sain et sauf. Une semaine : interroge un homme qui travaille dans une usine ou dans une mine pour nourrir sa famille. Un jour : demande à deux amoureux transis qui attendent de se retrouver. Une heure : questionne un claustrophobe, coincé dans un ascenseur en panne. Une seconde : regarde l'expression d'un homme qui vient d'échapper à un accident de voiture, et un millième de seconde : demande à l'athlète qui vient de gagner la médaille d'argent aux JO et non la médaille d'or pour laquelle il s'était entraînée toute sa vie. "
S.D.A


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